• L’autre soir, entre les volumes de verre géants de la BnF, une nuée d’étourneaux s’est lancée dans un ballet époustouflant. Moment magique, sur un ciel d’heure bleue. Pendant de longues minutes, ils ont tournoyé au-dessus de nos têtes, en bandes rapides comme des bolides, se croisant sans heurts, souples et gracieux comme des voiles immenses.

     

    Ils ressemblaient aux oiseaux de  Laëtitia Devernay, ceux qui emplissent toute une double page de DIAPASON avant que leurs ailes ne redeviennent des feuilles et qu’ils ne regagnent leurs arbres en nuées harmonieusement dirigées par le chef d’orchestre.

     

    Album sans texte, leporello qui se déploie sur 132 pages, DIAPASON est une « ode à la musique ». Des portées sans notes de la couverture, on passe à la verticale de troncs où elles forment le sinueux tracé de l’écorce. Un petit homme paraît. Queue de pie et baguette à la main, il intrigue. Nous désirons le suivre, où qu’il nous mène dans les plis de ce bel accordéon.

    Avec agilité, il escalade un tronc et se retrouve à la cime d’un arbre taillé en boule, le plus haut de ce petit bois aux allures de noires et blanches, rondes et croches. Le chef d’orchestre alors étend ses bras.

     

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    Au premier frémissement de la baguette, une première note rompt le silence : une feuille se détache et s’envole, suivie par d’autres, et d’autres encore, de tous les arbres, feuilles-oiseaux, notes-oiseaux aux ailes de feuilles tourbillonnant et dessinant dans le ciel blanc des harmonies merveilleuses, des arias tour à tour graves et légères, qui s’éloignent et se rapprochent, s’atténuent et s’amplifient jusqu’au salut final du surprenant musicien.

     

     

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    Je ne dirai pas la fin de l’histoire mais c’est exactement cela que je vous souhaite à tous pour la nouvelle année (sur le site de l’éditeur, la dernière image - qui n’est pas celle du livre - vous mettra sur la piste…).

     

    Bonne Année 2011,

    au diapason de vos plus belles aspirations !


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    DIAPASON 

    Laëtitia Devernay

    © 2010, La Joie de lire  (Genève)

    Ce premier livre de Laëtitia Devernay fait partie des cinq gagnants de la 3ème CJ Picture Book Award en Corée. Il a été sélectionné parmi 447 titres de 29 pays.

     

    Un album d'une rare beauté, à découvrir sur le Batalbum.  

     


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    De ce livre-là, j’aurai plus de mal à vous parler car cette fois il s’agit… du mien.

    Une histoire de papillon géant que les jeux du hasard ont entraîné (avec quelle joie !) vers Chan-ok et la collection Perles du ciel chez Flammarion.

    Dans un petit royaume de l’Asie orientale, le temps s’écoule paisiblement. Les gens sont heureux, leurs souverains sont « bons, justes et joyeux ». Le roi aime passionnément la chasse aux papillons. La reine les collectionne avec la même passion. Mais une nuit, après avoir reçu un bijou hors du commun, la reine voit en songe le plus prodigieux des papillons : les couleurs de ses ailes « changent sans cesse, dessinant de féeriques paysages qui s’évaporent l’instant d’après ». Le lendemain, bouleversée, elle ne veut plus entendre parler de chasse aux papillons. Le roi va-t-il l'écouter ? Ce mystérieux visiteur va-t-il détruire la paix du royaume ? Oui, aussi vite que la foudre, jusqu’à ce que le roi le rencontre à son tour et entende « la voix de vent et de velours » prononcer son nom…

    La jeune artiste coréenne Lee Jin-kyoung a magnifiquement saisi la grâce et la tendresse que j’ai tenté d'insuffler à mon histoire. Elle lui a donné cette finesse propre à l’Asie dans la relation de l’homme avec la nature. Ses images toutes emplies de douceur ont quelque chose d'aérien. Ne dirait-on pas qu’un papillon merveilleux est passé par là, et que les pages ont gardé de ses ailes poudrées, de leurs couleurs, comme une empreinte ?

     

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    Le papillon du coeur
    Texte : Sophie Guiberteau
    Illustrations : Lee Jin-Kyoung
    © Flammarion, 2010

    A découvrir sur le Batalbum !

    Daily motion : j'en parle avec Elise Hannart sur Yvelines Première, au moment de la sortie de L'Etoile de Man-su

    NB : Pour des problèmes de droits un peu délicats, seules deux doubles pages sont présentées sur le Batalbum. Ne croyez pas que je veuille ainsi vous "forcer la main" pour que vos enfants ne restent pas sur leur faim. Plus d'images les auraient encore plus alléchés ! Comme pour tous les livres du bord, j'espère seulement qu'ils auront envie de découvrir en vrai ce doux livre.


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    Créateur de jouets, de petits meubles et de livres pour enfants, André Hellé (1871-1945) n’a jamais grandi. Quand il écrit son autobiographie à la fin de sa vie, il s’arrête à ses 12 ans : Souvenirs d’un petit garçon 1871-1883. La seule photo connue de lui révèle un homme sensible qui a gardé de l’enfance l’étonnement et la gravité. Heureux hasard du calendrier, 2011 fêtera le centenaire de la parution de ses Drôles de bêtes en même temps que celle d’un certain Peter Pan

     

    Il a participé en 1893, sous son vrai nom (André Laclôtre), à la dernière exposition des Arts Incohérents de Jules Lévy.

    La première datait de l’époque où le fameux Club des Hydropathes avait éclaté en Fumistes, Hirsutes et autres Zutistes qui se retrouveraient bientôt au Chat Noir. On peut penser que le jeune André Hellé, auteur de dessins humoristiques et satiriques jusqu’en 1914, a fréquenté le cabaret montmartrois et son prodigieux théâtre d’ombres où Caran d’Ache et Robida, entre autres, réalisèrent quelques chefs-d’oeuvre avant que l'aventure ne tourne court en 1896.

     

    Dès 1895, le jeune dessinateur signe de son pseudonyme : André Hellé, probablement imaginé à partir de ses initiales (Laclôtre André). La longue liste des périodiques où il a publié, ainsi que sa bibliographie, sont sur le site de l’Association des amis d’André Hellé.

    Créée l’an dernier à l’initiative de Béatrice Michielsen, Jean-Hugues Malineau et Jacques Desse, cette association fédère tout ce qu’il est possible de savoir et découvrir sur cet artiste novateur mais trop méconnu et discret ; l’association a élu domicile Chez les libraires associés, une « île au trésor » cachée du côté de Barbès, au 3 rue Pierre l’Ermite.

     

    Le thème de l’Arche de Noé apparaît en 1904, dans un numéro de La joie des enfants. Ce sera en 1911 un vrai jouet, en bois découpé et peint, aux formes géométriques épurées. En 1911 également, paraît chez Tolmer la première version de l’ouvrage, intitulée Drôles de bêtes. Tolmer le réimprime (sans doute l’année suivante) sous le titre Grosses bêtes et petites bêtes, avec une autre illustration de couverture. En 1925, Garnier publiera à son tour L’Arche de Noé. C’est cette version que Circonflexe a rééditée en 1991 et réimprimée en 1999 puis 2009. Les enfants peuvent actuellement la découvrir sur le site du Batalbum.

     

    Maintenant que l’Association des amis d’André Hellé l’a annoncé (en même temps que les expositions prévues en 2011 au Centre de l’illustration de Moulins et au Musée du Jouet de Poissy), ce n’est plus un secret : les éditions MeMo rééditeront au printemps prochain, à l’identique, la première version du livre.

     

    Ce sera à deux titres un bel événement : on peut s’attendre à un ouvrage de grande qualité, qui permettra par ailleurs de comparer la façon dont l’artiste a changé de manière d’un livre à l’autre. Car les deux versions (et trois couvertures) diffèrent nettement.

    Dans la 1ère version, il y a plus de rondeur, le trait est stylisé, souple et presque japonisant (voir la grenouille par exemple). Les petites scènes accompagnant le texte montrent des personnages et des animaux jouets, avec leurs formes comme découpées dans le bois et leur socle pour tenir debout. Cet effet – quel dommage ! - disparaît en grande partie dans le livre de 1925. Certains animaux, superbes, de la 1ère version (marabout, oiseau des îles, mouton) n’ont pas été repris dans la 2nde qui propose en revanche de nouvelles bêtes (pingouin, zèbre, perroquet, loup, cheval, baleine). A noter aussi, dans la version initiale, le monogramme de l’artiste (qui n’est pas sans évoquer nos smileys actuels ! comme l’a noté un proche de Béatrice Michielsen).

     

    Petites bêtes et grosses bêtes ayant été numérisé par la Library of Congress, on peut déjà s’amuser au jeu de la comparaison (à reprendre, livres en main, au printemps prochain !). Que préférez-vous ? Personnellement, je trouve le petit âne de 1925 plus émouvant que celui de 1911, et plus amusants le chameau et le lion de Garnier/Circonflexe. Les ours et les crocodiles, si différents, sont à égalité. La girafe de 1911 est plus originale, l'oie incomparable, la vache une pure merveille ! A vous de jouer…

     

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    Toutes les images anciennes (fond brun rose) proviennent du site de la Library of Congress et sont tirées de Grosses bêtes et petites bêtes.

    Les autres sont tirées de L'Arche de Noé, album de 1925 réédité par Circonflexe.

     

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    L’Arche de Noé

    Par André Hellé

    © Circonflexe, 1991, réimpression 2009

     

    A découvrir sur le Batalbum.

     

    Pour en savoir plus :

    Site de l’Association et Ma galerie à Paris : photos de l’exposition qui a été consacrée à l’artiste Chez les libraires associés.

    Ricochet : article de Jacques Desse + photo d’André Hellé.

    Ribambelles et Ribambins : on y voit la belle page (à agrandir) du Catalogue de Noël du Printemps (1914) où figurent l’Arche de bois et tous les animaux qui l’accompagnent.

     

      

     


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    Gennadij Spirin me fascine depuis longtemps. Né près de Moscou en 1948, émigré aux Etats-Unis en 1991, cet artiste hors pair a illustré de grands textes et des contes populaires dans un style flamboyant et raffiné. L’ornementation des pages et certains traits rappellent Bilibine, mais son art évoque aussi bien la miniature, l’icône, la Renaissance.

    Le Sorbier a édité entre autres Le Nez de Gogol, Kachtanka de Tchékhov, Le Tsar Saltan de Pouchkine, Le Brochet, L’Oiseau de feu, Les Contes du Samovar. Vous trouverez chez Gautier-Languereau l’adorable Philipok disponible en petit format, et chez Casterman La Femme oiseau, La Princesse grenouille, La Fille du roi des mers.

    J’ai profité de la similitude des titres pour rapprocher à bord du Batalbum son Arche de Noé de celle d’André Hellé (prochain article). Ils ont si peu en commun que les voir côte à côte est assez… bizarre – il faut l’avouer – mais les enfants auront ainsi l’occasion de découvrir des styles radicalement différents.

    L’Arche d’inspiration russe est « la vraie » : le texte est tiré du Livre de la Genèse dans l'Ancien Testament. On découvre au fil des pages la construction du vaisseau gigantesque, l’embarquement des couples d’animaux, la traversée des eaux tourmentées, et la colombe enfin, rapportant de la terre ferme un rameau d’olivier.

    C’est somptueux et démesuré, à l’image du récit.

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     L’Arche de Noé
    Selon le Livre de la Genèse
    Peintures de Gennadij Spirin
    © 2009, Editions du Sorbier

    A lire sur le blog de Citrouille : Denise Escarpit évoque sa rencontre avec l’artiste en 1997.


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    L’aventure de la sympathique maison d’édition Plume de carotte avait commencé en 1981 avec un livre-coffret : Mon jardin de poche, récemment complété par un nouveau livre-coffret (vendu 16,50 € avec quatre sachets de graines) : Ma boîte à graines.


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    Le catalogue de l’éditeur s’est étoffé côté adultes comme côté enfants, avec de beaux livres dont les couvertures attirent irrésistiblement l’œil et la main. Vous connaissez sûrement la série des Herbiers (voir par exemple  L’Herbier voyageur), ou celle de Marc Pouyet sur le Land Art (voir Artistes de nature).

     

    Cet été, j’ai choisi Jouets de Plantes comme « bonus de vacances » à bord du Batalbum. 

    Inscrit au catalogue adultes, il fait partie de ces livres « pour tous », à découvrir avec ses enfants ou petits-enfants. La couverture a des allures de boîte remplie de ces menus trésors que les enfants ont le don de glaner au fil de leurs explorations et qu’ils nous montrent avec des yeux émerveillés et graves. On tend la main d’instinct, prêts à piocher dans l’un ou l’autre des compartiments. L’invitation à fabriquer de tels menus trésors est lancée.

     

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    Jouets de Plantes

    Histoires et secrets de fabrications

    Par Christine Armengaud

    © 2009, Editions Plume de carotte

     

    L’auteur, Christine Armengaud, a passé plusieurs décennies à des recherches ethnologiques sur les jouets du début du XXème siècle, et principalement les jouets écologiques et éphémères. Parcours peu ordinaire, à l’image de ce livre qui présente des dizaines et dizaines de jouets à réaliser avec ce que la nature offre au fil des saisons.

    Les jouets, posés dans un cadre coloré, occupent une pleine page. La page en vis-à-vis explique le processus de fabrication et fournit toutes sortes d’anecdotes et de témoignages sur ces jouets éphémères, anciens, rajeunis par chaque génération qui s’y essaie.

     

    Jouets éphémères, Jouets secs, Tressages, Musiques vertes forment les quatre sections où l’on trouvera une multitude de jouets à fabriquer, du plus simple au plus élaboré.

     

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    Vous pourrez continuer de découvrir chaque semaine un nouveau jouet sur le Batalbum – histoire de prolonger encore un peu les vacances…

    Et pour compléter ce livre d’une grande richesse, offrez-leur aussi  Mon jardin d’artiste.

     

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    © Editions Plume de carotte

     

     

    Allez, encore un, juste un : la charmante Leçon de vol de Sebastian Meschenmoser, qu’un homme donne à un pingouin maladroit décidé à voler…

     

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    © Editions Plume de carotte

     

     

    Bel envol à tous pour la rentrée !


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