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    Le 21 octobre, Béatrice Michielsen a donné à la Médiathèque Françoise Sagan une conférence captivante sur les livres d’enfants russes autour d’un catalogue paru en 1931 : « 100 livres pour ton enfant ». Ce bel ouvrage, orné du sourire radieux d’une petite fille, « recense et conseille à la femme soviétique les références à faire lire à ses enfants pour en faire de parfaits petits citoyens acquis au parti ».

    « Tout le monde sait qu’en Russie les enfants sont les seuls ‘‘Profiteurs de la Révolution’’, les seuls. Tout leur appartient, le pays, les villes, les trains, les avions, l’avenir… », avait dit Blaise Cendrars en présentant en 1929 son exposition « Le livre d’enfant en URSS » à la Librairie Bonaparte. Béatrice Michielsen, le rappelant, nuance la déclaration enthousiaste en évoquant le sort des enfants russes, les nombreux orphelins, les victimes de la guerre et de la famine.

    Ils bénéficièrent cependant d’une offre exceptionnelle de livres qui continuent d’influencer les créateurs d’aujourd’hui. Une conjonction unique en son genre préside à ce miracle que je dirais « russo-soviétique » : des artistes incomparables, formés avant la Révolution d’Octobre, vont être sollicités par le nouvel État en vue de fabriquer de dociles jeunes citoyens portant l’avenir sur leurs épaules. L’effervescence artistique d’avant 1917 reprend de plus belle. Les artistes s’enflamment pour ce nouveau secteur éditorial des enfants. Un champ inespéré s’ouvre. Le temps que la censure réalise qu’ils leur échappent, ils vont y poursuivre pendant une dizaine d'années leurs expériences novatrices. Dès le début des années 30, au moment où naît le Père Castor, l'État accroît sa pression, l'ère stalinienne est en route.

    En attendant, il y a des millions d’enfants à alphabétiser et il y aura près d’une centaine de maisons d’édition jusqu’à la fin des années 20. Les livres sont de «véritables commandes sociales ». L’enfant apparaît comme « le medium idéal à former (formater) aux idéaux communistes ». Le papier est de qualité médiocre, il y a pénurie d’encre, mais les tirages sont exceptionnels pour ces quelques pages agrafées contenant de véritables trésors : pas moins de 20 000 à 30 000 exemplaires, parfois jusqu’à 100 000, très vite épuisés, réimprimés les années suivantes avec d’autres illustrateurs.

    C’est cette période infiniment féconde que reflètent les « 100 livres pour ton enfant». Le catalogue « sonne le glas de la grande liberté artistique mais en porte encore la trace », a résumé Béatrice Michielsen en illustrant son propos d’un grand choix d’images. Certains ouvrages, issus des collections de l’Heure Joyeuse, étaient exposés par ailleurs dans les vitrines de la Médiathèque.

    Grand bonheur supplémentaire : Béatrice Michielsen nous a lu des passages d’albums, en nous faisant goûter, avec toute la saveur de la langue russe portée par sa voix, à la poésie, la fantaisie, les trouvailles sonores s’accordant aux images. Soudain se révélait un univers inattendu, intimement mêlé à celles-ci mais nous échappant si nous ne pouvons qu'admirer la typographie sans comprendre les mots.

    L’Auditorium de la Médiathèque Françoise Sagan était plein. Au premier rang, Geneviève Patte, Jacqueline Duhême, Françoise Lévêque, entre autres… J’ai été contente de revoir à cette occasion deux des personnes qui m’ont fait découvrir et aimer l’image russe pour enfants : Maïté Alazard (exposition Elisabeth Ivanovski à la bibliothèque Faidherbe fin 2007), Françoise Lévêque (qui, ayant découvert ces trésors, a constitué le fonds russe de l’Heure Joyeuse et signé, avec Serge Plantureux, le « Dictionnaire des illustrateurs de livres d’enfants russes 1917-1945 ») ; puis bien sûr, l’hôtesse des lieux, Viviane Ezratty, et Hélène Valloteau qui veille désormais sur le fonds patrimonial de l’Heure Joyeuse.

    http://memoiredimages.net/
    http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1998-02-0076-007
    http://www.batalbum.fr/faidherbe_ivanovsky.html
    http://www.batalbum.fr/rami_ivanovsky.html

    Béatrice Michielsen : Conférence autour d'un catalogue de livres russes pour enfants (1931)

    Béatrice Michielsen : Conférence autour d'un catalogue de livres russes pour enfants (1931)

    Béatrice Michielsen : Conférence autour d'un catalogue de livres russes pour enfants (1931)

    Béatrice Michielsen : Conférence autour d'un catalogue de livres russes pour enfants (1931)

    Béatrice Michielsen : Conférence autour d'un catalogue de livres russes pour enfants (1931)

    Béatrice Michielsen : Conférence autour d'un catalogue de livres russes pour enfants (1931)

    Béatrice Michielsen : Conférence autour d'un catalogue de livres russes pour enfants (1931)

    Béatrice Michielsen : Conférence autour d'un catalogue de livres russes pour enfants (1931)


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  • (d'après chronique du 23 juillet 2016 sur la page Facebook du Batalbum)

    C comme COULEUR avec pour invitée d'honneur une formidable coloriste : Isabelle SIMLER. Découvrez deux de ses premiers albums et le tout dernier, à lire avant de s'endormir dans la douceur des nuits d'été. Ils sont évidemment plus beaux en vrai, avec leurs couleurs éclatantes et toute la délicatesse du crayonné. Les histoires sont aussi délicieuses : une petite fille se retrouve un matin dans la peau de son chat ; un enfant rêveur remplit ses poches de jolis galets jusqu’au jour où il tombe sur un caillou magique… Purs joyaux des Éditions Courtes et Longues.

    Dans la Lou-Galerie : http://www.batalbum.fr/galerie.htm
    Isabelle Simler : http://isabellesimler.com/
    Éditions Courtes et Longues : http://www.cleditions.com/

    Isabelle Simler, des couleurs plein la tête

    Isabelle Simler, des couleurs plein la tête

    Isabelle Simler, des couleurs plein la tête


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  •  (chronique du 13 septembre 2016 sur la page Facebook du Batalbum)

    C comme Charlie (Bucket) et Chocolaterie (Wonka) pour saluer un Bon (mince) Géant de la littérature jeunesse : Roald Dahl aurait eu 100 ans aujourd’hui ! Et comme il a fait très chaud et que 100 ans c’est très vieux, je vous propose un petit extrait mettant en scène les quatre inoubliables grands-parents du petit Charlie. Grand-papa Joe, conteur en chef, a «quatre-vingt-seize ans et demi, et il est très difficile d’être plus vieux que lui.» Les quatre (« fripés comme des pruneaux secs, ossus comme des squelettes ») passent la journée pelotonnés dans le seul grand lit de la petite maison. Chaque soir, ils s’illuminent de plaisir quand Charlie vient écouter leurs histoires et leur souhaiter bonne nuit… Oh cette glace au chocolat qui reste bien froide, même au soleil ! Oh ces « caramels mous qui changent de couleur toutes les dix secondes quand on les suce » !

    Je vous laisse savourer en vous souhaitant une belle nuit hantée par l’extraordinaire Chocolaterie Wonka de Mr. Roald Dahl :-)

    Folio Junior édité par Gallimard Jeunesse
    Illustrations de Quentin Blake
    Traduit de l’anglais par Elisabeth Gaspar
    Nouvelle (joyeuse) couverture et détails ici :
    http://www.gallimard-jeunesse.fr/…/Charlie-et-la-chocolater…

     

    Centenaire Roald Dahl

    Centenaire Roald Dahl

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    Connaissez-vous l'Armadillo ? C'est le nom anglais (venu de l’espagnol) du mystérieux Tatou qui pourrait bien être un croisement du hérisson et de la tortue, comme l’a imaginé Kipling pour sa « Best Beloved » petite Josie. À écouter ici : où la compréhension est facilitée par le texte anglais qui défile en même temps. Les sous-titres français automatiques sont une catastrophe, mieux vaut ouvrir une traduction dans un autre onglet. Par exemple : http://kiplinginfrench.free.fr/HCC07.html. Pauvre jaguar moucheté, victime naïve des deux bestioles dont il comptait faire son souper nocturne et qui l’embrouillent et le bernent en beauté. Le comédien anglais prête une voix d’ado en train de muer au « Painted Jaguar » pas encore affranchi de la robe à pois de Madame Jaguar mère, sa « gracious Mummy ».

    L’une des plus célèbres et des plus spirituelles « Histoires comme ça » est celle du sympathique petit éléphant, insatiablement curieux, qui dotera son espèce de sa fameuse trompe. Farnham Town Crier raconte ici The Elephant’s Child, avec en fond l’épisode majeur de l’histoire illustré par Kipling lui-même : https://www.youtube.com/watch?v=0P0gXXLVmzg. Vous pouvez suivre le texte anglais en parallèle : http://www.vialupo.com/kipling/ et, fin du fin, ouvrir dans un autre onglet sa traduction sur le même site.

    Il y a tellement de fantaisie, d’inventions verbales, de jeux sur les rythmes et les sonorités dans les « Just so stories » que les traducteurs doivent s’arracher les cheveux (tout en se régalant). Leur première traduction en France, par Robert d’Humières et Louis Fabulet, reste infiniment savoureuse. À l’exception du « Chameau et sa bosse », due à Pierre Gripari , c’est celle adoptée par Francis Lacassin pour les Œuvres complètes dans la collection Bouquins, celle du volume illustré par Kelek (Hatier, 1988) et celle des éditions Gallimard illustrées avec jubilation par Etienne Delessert. Sur Gallica, avec tous les dessins de Kipling en prime : http://gallica.bnf.fr/…/f50.image.r=kipling%20histoires%20c…
    Et comme je veux vraiment vous éviter toute fatigue inutile : L’Enfant d’Éléphant est page 45, Le Commencement des Tatous, page 79.

    May Angeli (à voir au travail ici) les a illustrées par de magnifiques bois gravés aux Éditions du Sorbier.

    Tout un programme pour les longues après-midis ou soirées d'été cool

    "Histoires comme ça" de Kipling

    "Histoires comme ça" de Kipling

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    Le premier « album-phare » des 10 ans du Batalbum ! L’une des plus belles aventures animalières de la littérature, superbement adaptée pour les enfants à l’occasion du centenaire de la mort de Jack London (1876-1916). Maurizio A.C. Quarello a réalisé 22 tableaux à l’huile et 10 dessins au trait. Buck est aussi splendide en « aristocrate » gâté dans sa riante vallée du Sud qu’en chien de traîneau à la vie dure, peu à peu attiré par la mystérieuse forêt de ses ancêtres.

    Le grand format de l’album, la mise en page soignée, le papier glacé et velouté, la traduction riche et fluide, les images prodigieuses, tout a été pensé pour que le lecteur, souffle coupé, s’immerge dans l’œuvre. C’est un livre à garder toute sa vie, comme tous les volumes de la Collection Grands Classiques Illustrés de Sarbacane.

    A comme Aventure…
    Invitation à le découvrir : http://www.batalbum.fr/dix_london.html

     

    L'APPEL DE LA FORÊT


    L’Appel de la forêt
    Jack London et Maurizio A.C. Quarello
    Traduit par Annie-France Mistral
    26 x 37,2 cm – 96 pages – 23,50 €
    Éditions Sarbacane

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